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Je n’ai pas souvenir d’avoir été chiante pour la bouffe quand j’étais petite. Il y a bien des choses que je n’aimais pas (et que je n’aime d’ailleurs toujours pas) comme le foie de veau poêlé, le brochet, la carpe et les aspics en gelée, mais grosso merdo, je mangeais de tout, même les choses dont je ne raffolais pas.

En revanche, j’ai de vrais très bons souvenirs liés à la bouffe et à l’enfance : les frites Chti et les coquelets frits de mon père (il ne peut plus en faire car ils n’ont plus de friteuse électrique), les tomates/poivrons farcis de ma mère (qu’elle fait encore, pour mon plus grand bonheur), son rôti de sanglier, les beignets d’aubergine, le couscous et l’anchoiade catalane avec les culottes de soldat de Mamie de Palau, les petits supions marinés de mon oncle Bernard, les gambas au barbecue de mon oncle Alain et les galettes de pommes de terre, les tartes et les chouraves de Mamie de Nehwiller.

Le chourave, c’est ce légume hybride entre le navet et le rutabaga, appelé chou pomme en Suisse, que petite je ne mangeais qu’en Alsace car Maman n’en trouvait presque jamais ici. Et pour cause, en effet, il est très rare d’en trouver sur les étals lyonnais.

J’adorais ça, je pouvais en manger plusieurs assiettes avant de caler, pour le plus grand bonheur de ma grand-mère qui adorait faire plaisir à ses petites filles avec de la nourriture.

Alors à chaque fois qu'on allait passer quelques jours là-bas pour les vacances, quand j’arrivais, je voyais sur la vieille gazinière De Dietrich à bois la cocotte en fonte jaune qui gardait au chaud les chouraves cuisinés avec amour par ma grand-mère.

A table, c’était source de blagues car l’aînée de mes cousines, S. détestait vraiment ça (je crois d’ailleurs que c’est toujours le cas) et à chaque fois, ma tante essayait de lui en glisser un morceau au milieu de tranches de patates en lui faisant croire que c’était de la pomme de terre.

Quand ma grand-mère est décédée et que mon oncle et ma tante m’ont demandé si je souhaitais récupérer des objets, j’ai de suite demandé si je pouvais avoir la cocotte des chouraves. Je n’ai pas eu besoin de détailler, tout le monde voyait de laquelle je voulais parler.

cocotte

 

La cocotte est donc venue habiter à Lyon et elle a continué à servir la famille fidèlement, concoctant moult plats mijotés, daubes, carbonades, currys, mais sans jamais cuire de chouraves car de chouraves à Lyon, pas le moindre bout de pluche…

Jusqu’à la semaine dernière ! A Monoprix, dans une corbeille, je tombe nez à tige avec de superbes chouraves ronds, verts, luisants, dodus à souhait, qui semblaient me dire « adopte nous, adopte nous », vendus sous l’appellation « celeri rave » (bande d'ignares…).

cru

J’en ai pris 5, j’en ai utilisé un cru dans ma recette de poisson mariné (grâce à Piment Oiseau je sais désormais que le chourave peut aussi se manger cru) et j’ai gardé les autres pour les cuisiner comme Mamie, ou presque.

J’ai fait goûter, hésitante, aux Gremlins, m’attendant à un « Beurk » généralisé (suite à publis de la bête crue sur Instagram et sue le Slack des collègues, je me suis aperçue qu’en fait, beaucoup de gens n’aiment pas le chourave) et ils ont adoré ! Ma copine de chasse et de recettes @my_urbanitudes a aussi bien aimé, j’étais trop contente.

Je vous partage la recette, pour ceux qui se sentiraient d’humeur aventureuse. Accessoirement, c’est super facile à faire.

Ingrédients

  • 4 gros chouraves
  • 2 échalotes
  • 40 g de beurre demi sel
  • 3 cuillères à soupe de crème (épaisse ou liquide, peu importe)
  • 1 cuillère à soupe de ciboulette ou persil ciselé
  • Sel, poivre

 

Eplucher soigneusement les chouraves en ôtant bien toute la peau épaisse. Couper en deux, puis faire des tranches fines de manière à obtenir des quarts de tranche. Rincer, égoutter.

tranches

 

Dans une cocotte, faire revenir tout doucement les échalotes émincées dans le beurre, jusqu’à ce qu’elles commencent à dorer. Ajouter ensuite les chouraves, mélanger, couvrir et laisser cuire à feu très doux (chaleur minimale) jusqu’à ce que les chouraves soient fondants.

Il faut régulièrement mélanger et vérifier que les légumes n’attachent pas au fond de la cocotte. Si c’est le cas, il suffit de rajouter un petit peu d’eau, mais pas trop : ça ne doit surtout pas baigner dans le jus. Saler et poivrer en cours de cuisson.

Lorsque les chouraves sont cuits, ajouter la crème, mélanger, laisser chauffer encore une ou deux minutes puis servir parsemé de ciboulette ou persil (qui ne sont pas sur la photo car je n'en n'avais pas ce jour là).

fin post

Personnellement, j’aime tellement les chouraves que je peux les manger en plat végétarien, avec juste un bon riz parfumé, mais ça va très bien avec une viande rôtie. Une fois cuits, ils se congèlent très bien, et je sais que ma grand mère en faisait également des bocaux, qu'elle nous donnait pour que je puisse en manger aussi à Lyon.

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