Couverture

Il y a quelques temps, j’ai publié un énorme coup de gueule féministe, car oui, je suis féministe et je l’assume totalement.

Petite parenthèse pour les ignares qui viendraient s’égarer sur ce blog : les féministes ne détestent pas les hommes, bien au contraire : elles les aiment tellement qu’elles voudraient pouvoir vivre comme eux. On ne veut pas être des hommes, hein ! On veut juste avoir les mêmes droits et privilèges qu’eux. Fin de la parenthèse.

Donc, j’avais poussé un gros coup de gueule contre la chanson Femme libérée de Cookie Dingler qui, sous prétexte de glorifier les femmes libérées, nous fait passer pour de pauvres petites choses fragiles, ayant besoin d’attention et un peu nunuches sur les bords.

Malheureusement, beaucoup de chansons véhiculent des clichés ultra sexistes. Alors évidemment, les premiers artistes qui viennent en tête sont les rappeurs.

Je suis personnellement une grande fan de rap (si si, authentique). J’écoute principalement du rap politiquement correct, mais j’écoute aussi beaucoup d’horreurs. A mon grand dam, l’album de rap de tous les temps (Chronic 2001, Dr Dre), que j’ai probablement écouté des milliers de fois depuis qu’il est sorti, est un ramassis de propos rabaissants et immondes envers les femmes. Et pour mon malheur, comme je parle anglais, je comprends tout et sérieusement, c’est affligeant. Répugnant. Révoltant.

Mais… d’un autre côté…. Snoop et Dre qui braillent Fuck You, à fond dans la voiture, fenêtres ouvertes, c’est assez unique et irremplaçable comme expérience. Dur à assumer quand on est féministe, mais c’est vraiment du pu**** de bon SON !

Et puis venant de rappeurs, on ne s’attend pas non plus à de grands discours éclairés sur la condition des femmes. Ils sont souvent ouvertement machos, sexistes, voire misogynes et le revendiquent fièrement (on n’a pas dit qu’ils étaient tous forcément intelligents, hein…).

Là où ça me dérange un peu plus, c’est quand des textes apparemment anodins, voire « pro femmes » nous mettent insidieusement plus bas que terre.

Et quand ces textes sont écrits par des chanteurs de variété ultra populaires et qui bénéficient d’une image exemplaire, c’est encore plus agaçant.

Cette semaine, j’ai choisi de parler de La groupie du pianiste, de Michel Berger. Michel Berger, on est bien d’accord, c’était Monsieur France Gall (paix à leur âme à tous les deux). On est loin, en termes de sexisme immonde, du dégueulis verbal de Seth Gueko ou Kaaris et apparemment, niveau textes, on pourrait penser qu’il n’y a rien à redire mais justement, je trouve que c’est encore pire finalement, car c’est bien plus insidieux. Oui, car les deux autres gros beaufs, eux, annoncent la couleur dès les premières paroles (et images du clip).

Je vous propose donc de décoder cette chanson, que j’ai toujours trouvée terriblement déprimante, et puis on ira parler de piano en cuisine, de porc (celui à 4 pâtes), de vin, de grosse bouffe, bref, des trucs de meuf qui aime la vie quoi, parce que la chanson sur les femmes désespérées d’être seules, ça va deux secondes mais non, en fait.

 

La groupie du pianiste (rien que le titre est crispant déjà)

Elle passe ses nuits sans dormir : en même temps c’est son problème

À gâcher son bel avenir : idem, quelque part, son destin lui appartient non ? En prime, à aucun moment dans la chanson il ne reparle de cet avenir qu’elle gâche : elle a abandonné Polytechnique pour aller écouter un musicien qui gagne sa vie en jouant dans des bars déserts le soir ? Elle a quitté un job de rêve dans l’édition pour aller l’écouter ? Non parce qu’on aimerait bien savoir, nous.

La groupie du pianiste : pourquoi ce putain de mot n’est utilisé qu’au féminin ? (petit check à la définition et on a envie de tuer des licornes à paillettes : Jeune homme ou plus souvent jeune fille gravitant dans l’entourage des célébrités de la musique populaire comme le rock ou la pop. )

Dieu, que cette fille a l'air triste

Amoureuse d'un égoïste

La groupie du pianiste : alors d’un certaine manière, je n’ai pas vraiment envie de la plaindre, cette groupie : elle est un peu immature, non ? Visiblement, le pianiste n’en n’a rien foutre de sa tronche, mais elle continue d’en être « amoureuse ». Et ce qui me pose problème, c’est que c’est là-dessus que la chanson met l’accent : sur une pauvre fille pathétique (potentiellement érotomane, allez savoir) qui se fait des films tous les soirs en fantasmant sur un pianiste qui ne sait même pas qu’elle existe.


Elle fout toute sa vie en l'air

Et toute sa vie c'est pas grand-chose   

Qu'est-ce qu'elle aurait bien pu faire

À part rêver seule dans son lit

Le soir entre ses draps roses

Là encore : une pauvre fille, dont la vie est super vide parce qu'elle n'a pas de mec, qui n’a d’autre choix que de fantasmer sur un pianiste, tellement elle est cruche.

Elle passe sa vie à l'attendre

Pour un mot, pour un geste tendre

La groupie du pianiste

Devant l'hôtel dans les coulisses

Elle rêve de la vie d'artiste

La groupie du pianiste

Plus ça va, plus elle est crispante cette groupie, non ? Je sais pas vous, mais moi je la secouerais bien en lui disant de se sortir les doigts et d’aller faire du sport, de rencontrer des gens, au pire de s’inscrire sur Tinder si vraiment elle est en manque. Ou mieux, d’investir dans le dernier modèle du Womanizer, c’est plus sûr que Tinder, mais franchement, aller fantasmer sur le pianiste, non ! En plus, elle a un côté stalker flippant, à le suivre partout, (ça fait penser à ces thrillers américains où une meuf vire du bocal et se met à tuer toute la famille du mec qu’elle kiffe). Et là encore, c’est gênant : on dépeint cette jeune femme comme une pauvre fille vulnérable et co-conne. En tout cas c’est ce qu’on ressent en écoutant la chanson.


Elle le suivrait jusqu'en enfer

Et même l'enfer c'est pas grand-chose

À côté d'être seule sur terre

Et elle y pense dans son lit

Le soir entre ses draps roses

Alors je ne sais pas vraiment ce qu’est l’enfer…. mais je pense que l’enfer peut très facilement et très souvent se tapir sournoisement au sein du couple, hein, alors finalement, elle devrait être plutôt contente d’être seule entre ses draps roses plutôt qu’avec un sale type qui ne la respecte pas.

Elle l'aime, elle l'adore

Plus que tout, elle l'aime, c'est beau comme elle l'aime

Elle l'aime, elle l'adore

C'est fou comme elle l'aime, c'est beau comme elle l'aime

Je crois qu’on a compris : elle est complètement sous influence et elle a perdu ses neurones au passage. Et je suis horripilée par « c’est beau » : il n’y a rien de beau là dedans, elle est juste en train de s’avilir devant un mec qui ne la calcule pas bordel de merde ! En quoi c’est beau, on m’explique ?

Il a des droits sur son sourire

Elle a des droits sur ses désirs

Euh…. Oui mais non en fait. Là, on atteint des sommets, ça me fait penser à 50 nuances de bouse. Personne n’a jamais de droits sur quiconque. Donc non, il n’a pas de droits sur son sourire. Elle sourit (ou pas d’ailleurs) où elle veut, quand elle veut et surtout à qui elle veut. Quant à elle, elle n’a pas non plus de droits sur ses désirs, non mais sérieusement, c’est quoi ce délire ? Il fait un peu ce qu’il veut, du moment qu’il reste dans le respect du consentement non ?


La groupie du pianiste

Elle sait rester là sans rien dire

Pendant que lui joue ses délires

La groupie du pianiste

Voilà : sois belle et tais-toi, apparemment, c’est tout ce qu’on te demande. Bienvenue dans les années 50 meuf ! Vous noterez le « elle SAIT », ça veut dire que c’est important qu’elle sache faire ça, hein, c’est une qualité de savoir rester dans l’ombre du mâle alpha.

Quand le concert est terminé

Elle met ses mains sur le clavier

En rêvant qu'il va l'emmener

Passer le reste de sa vie

Tout simplement à l'écouter

Elle a des tonnes d’ambition, alors elle ne rêve que d’une chose : être l’ombre d’un mec qui ne sait pas qu’elle existe. Non, vraiment, une pure femme moderne. Je comprends parfaitement l’utilité de faire une chanson sur ce type de femme. C’est clairement super utile pour la cause féminine.

Elle sait comprendre sa musique

Elle sait oublier qu'elle existe

Forcément, parce qu’il est essentiel qu’elle comprenne son art à lui, et surtout, elle doit oublier qu’elle existe. Parce que bien entendu, c’est la base d’une relation saine et équitable, tout le monde le sait : il faut s’oublier, se sacrifier, s’effacer pour que l’autre puisse exister en nous piétinant…

La groupie du pianiste

Mais Dieu que cette fille prend des risques

Amoureuse d'un égoïste

Alors pour moi, elle ne prend pas de risques, elle est surtout très conne mais chacun voit les choses comme il l’entend.

La groupie du pianiste

Elle fout toute sa vie en l'air

Et toute sa vie c'est pas grand-chose

Qu'est-ce qu'elle aurait bien pu faire

À part rêver seule dans son lit

Le soir entre ses draps roses

Elle l'aime, elle l'adore

 

Blablabla…. Bis repetita, cf commentaire précédent

Plus que tout elle l'aime, c'est beau comme elle l'aime

Elle l'aime, elle l'adore

C'est fou comme elle l'aime, c'est beau comme elle l'aime

 

On a bien compris : elle a lâché la rampe et ne réfléchit plus…

Je crois que c’est ce qui me perturbe le plus dans cette chanson : à la limite, il parlerait de cette pauvre fille qui se morfond pour un connard qui ne la regarde pas en disant qu’elle devrait se ressaisir, se prendre en main et passer à autre chose comme une grande femme indépendante et autonome, ça ne me poserait pas problème.

Mais là, j’ai la nette impression que Mimi glorifie complètement l’attitude de carpette de cette groupie. Il ne cesse de répéter que c’est beau, c’est magnifique, cette insistance avec laquelle elle garde un tel attachement pour cet homme qui l’ignore et qui la fait souffrir. Alors forcément, oui, je pense syndrome de Stockholm (parce qu’à l’époque où il a composé cette chanson, E.L James et ses 50 nuances de caca n’avaient pas encore sévi), ou juste manque de neurones, hein, mais je ne trouve pas ça beau, ni romantique, ni touchant ni rien du tout. C’est juste à gerber tout ça, et ça fait perdurer le mythe des filles fragiles, en manque d’affection et qui ont forcément besoin de se rattacher à un mâle alpha pour exister. Et le hic, c’est que cette chanson, comme tant d’autres, a inondé les oreilles de toute une génération de femmes et à la longue, ça finit par instiller des concepts totalement patriarcaux et rétrogrades dans l’inconscient de pas mal de gens.

Alors pour me consoler, j’ai passé du temps derrière mon piano à moi, celui que je préfère, qui ne casse pas les oreilles et se trouve dans la cuisine (bon, en vrai c’est pas un vrai piano de pro mais c’est tout comme) et j’ai préparé un plat qui est tout sauf girly : de la rouelle de porc à la sauce au vin.

Alors moi, la rouelle de porc, je l’aime, c’est fou comme je l’aime, plus que tout je l’aime, je l’adore.

Et elle, elle ne m’ignore pas (elle m’aime tellement qu’elle reste bien installée sur mes hanches et mes fesses d’ailleurs), elle ne m’empêche pas d’avoir du désir pour d’autres (l’échine ou la poitrine par exemple) et puis elle ne m’empêche pas de dormir la nuit, au contraire même. Donc je conclurai en anglais parce que ça sonne vachement bien : who needs love when you can have pork, hein ? Pas moi en tout cas.

Et puis comme de l’attente nait le plaisir, cette recette se mérite puisqu’il faut faire mariner, cuire longuement et manger le surlendemain, réchauffé pour une dégustation optimale.

 

Pour 4 personnes

  • 1 belle rouelle de porc
  • 1 bouteille de vin rouge bien tannique
  • 1 petit verre d’Armagnac (5cl)
  • 1 oignon
  • 3 carottes
  • Sel, poivre

 

Jour 1

Dans un grand plat, verser le vin, ajouter l’oignon coupé en quatre, les carottes épluchées et coupées en tronçons. Assaisonner avec une cuillère à café de sel et une de poivre concassé (moins si on n’aime pas quand c’est trop relevé).

 

viande

Découper la rouelle en gros morceaux, les déposer dans le plat, filmer (ou fermer si le plat a un couvercle) et laisser mariner au moins une nuit (24h ou 48h c’est encore mieux).

marinade

Jour 2

Sortir les morceaux de viande de la marinade et les égoutter, puis les faire revenir dans de l’huile neutre sur toutes les faces.

viande dorée

 

Verser l’Armagnac et faire flamber, puis saupoudrer les morceaux de viande d’un peu de farine. Mélanger pour bien enrober les morceaux de viande puis verser la marinade avec l’oignon coupé et les carottes. Porter à ébullition, couvrir et enfourner à 160C° pour 4 heures. Laisser refroidir dans le four.

Jour 3

Retirer les morceaux de viande de la cocotte et réserver. Mixer la sauce au mixeur plongeant jusqu’à ce qu’elle soit onctueuse, puis mettre la cocotte sur le feu, remettre les morceaux de viande et faire chauffer à couvert et à feu doux encore une bonne heure.

sauce mixée

 

Rectifier l’assaisonnement si besoin et servir avec une purée ou des patates vapeur. Ou si vous rentrez affamée de l’aquaponey à point d’heure comme moi, avec du couscous.

fin post

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