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Aujourd’hui, je vous propose un post très long et qui parle de féminisme et de sexisme latent. C’est mon coup de gueule du moment mais si vous n’avez pas envie de lire mes états d’âme, vous pouvez passer directement à la recette (parce qu’on vient ici pour trouver des bonnes choses à manger avant tout). Si vous avez envie de lire un post grinçant mais drôle, alors allez-y, vous ne serez pas décu.e.s.

Je n’ai pas attendu les mouvements #metoo et #noustoutes pour être féministe et pour être révoltée par les différences de traitement qui sont réservées aux hommes et aux femmes.

Là où un homme qui cumule les conquêtes sera un séducteur, une femme qui en fait autant sera une salope, un homme qui part tôt du boulot pour aller chercher ses gosses est un père exemplaire, une femme qui fait pareil est une pondeuse sur laquelle on ne peut pas compter. L’homme qui atteint le sommet professionnellement est un battant, la femme une carriériste. Un homme qui obtient un poste à hautes responsabilités est un bosseur, une femme a forcément couché pour y arriver. La liste est encore longue, hélas, et je ne parle pas des inégalités bien plus marquantes, telles les inégalités de salaire. Je ne parle pas non plus de toutes ces femmes victimes de féminicides (139 depuis janvier) car elles ont osé avoir des velléités d’indépendance, ou simplement la force et le courage de quitter un conjoint violent.

On ne changera pas tout à coup de lois, mais un petit coup de main et des flics un peu plus à l’écoute des femmes victimes de violences serait un bon début. Parce que demander à une femme qui vient déposer plainte pour viol comment elle était habillée et si elle avait bu, c’est juste à gerber. Mais là non plus, l’objet de ce post n’est pas de m’attarder sur les violences policières, ce serait trop long.

Depuis plusieurs années, je m’interroge sur les raisons profondes de ces inégalités, et malheureusement, je constate que le sexisme est omniprésent dans notre société et qu’on l’instille en nos enfants dès le plus jeune âge.

Dans la pub, dans le marketing, parfois au cinéma (par exemple, les couples au cinéma : combien de fois on a un acteur qui a la cinquantaine bien sonnée et sa femme est incarnée par une jeunette de 30 ans ? Mais quand on voit l’inverse, c’est parce que la femme est représentée comme une vieille cougar prédatrice), et aussi et surtout dans la chanson.

Sans parler d’un certain type de rap qui est parfois une caricature de sexisme et de masculinisme (je ne suis pas là pour faire le procès du rap, j’en suis grande fan et à mon grand dam, mes rappeurs américains favoris ne font que débiter des horreurs sur les femmes, j’ai d’ailleurs du mal à assumer), la chanson française enlise souvent la femme dans le rôle de « princesse ». Or, on est bien d’accord, à quelques rares exceptions près (Princesse Leia, Rebelle… ), une princesse, ça reste une potiche décorative qui attend bien sagement le retour de son prince charmant en faisant de la broderie et en torchant la marmaille.

Les exemples déplorables ne manquent pas. Je peux citer Sardou (en même temps, s’il avait des choses progressistes à dire, lui, ça se saurait, mais bon, il vend, et beaucoup), Julien Clerc, qui a voulu bien faire, hein, il n’est pas méchant mais bon « Femmes, je n’en connais que de fragiles » (mais BORDEL, stop avec ça !) et tant d’autres…  

Même lorsque la chanson se veut flatteuse pour la femme, elle finit très souvent par la représenter comme une sorte d’entité mystique inaccessible qui joue de son pouvoir de séduction, comme une Maman (« Une femme, ça reste une mère » d'après Diam’s, si même les femmes s’y mettent, c’est mort -  enfin là aussi, le message de Diam’s aux femmes, hein… no comment), ou alors comme une vamp qui va briser le cœur du pauvre troubadour innocent.

Et quand un chanteur essaie carrément de faire une chanson en l’honneur des femmes libres, ça donne Femme Libérée, Cookie Dingler.

Alors cette chanson, elle est sortie en 84, j'avais donc 11 ans (oui je sais, je ne suis plus jeune). A l’époque, j'étais en 6ème, c’était pour moi le début du Top 50, de la radio, des 45 tous et des cassettes.

Et cette chanson, je l’adorais. Je trouvais ça super qu’un homme ait fait une chanson pour parler des femmes. Je ne comprenais pas tout, mais moi aussi je ne lisais que Bretecher dans le Nouvel Obs (forcément, à 11 ans je ne pouvais pas trop comprendre le reste), je trouvais ça bien qu’il critique le macho qui s’endormait au fond du lit toussa toussa.

35 ans plus tard, je me hérisse littéralement quand j’entends cette chanson (et en même temps, la petite fille que j’étais et qui ressurgit ne peut pas s’empêcher de fredonner les paroles qu’elle connait par cœur).

Je vous propose donc un décodage à peine cynique des paroles (et après, promis, on reparle de choses moins sérieuses et qui se mangent).

Femme libérée

Cookie Dingler

Elle est abonnée à Marie-Claire : oui, forcément, c’est une meuf alors elle kiffe trop les magazines « féminins » blindés de pubs de sac à mains hors de prix, de fringues impossible à porter si tu fais pas 1.75m et moins de 40kg, d’articles sur comment être un bon coup pour satisfaire les hommes et comment les garder, comment maigrir, comment se forcer à faire du sexe si t’as pas envie parce que sinon ton mec va te larguer et tu seras trop malheureuse.


Dans l'Nouvel Obs elle ne lit que Bretecher : évidemment, le reste, c’est trop intello pour elle, elle n’est qu’une femme après tout. Et comme elle ne s’intéresse qu’à la mode, elle ne va pas lire les dossiers géopolitiques du Nouvel Obs, hein !


Le Monde y'a longtemps qu'elle fait plus semblant : ben ouais, le Monde, elle est pas assez intelligente pour tout comprendre : on vous rappelle qu’on parle d’une femme, elle ne peut se passionner que pour chiffons et maquillage.

Elle achète Match en cachette c'est bien plus marrant : c’est une femme, on vous le rappelle, donc elle adore forcément le gossip sur les stars, et bien plus que le dossier du Nouvel Obs sur la famine en Ethiopie ou le dernier article du Monde sur les magouilles des politicards au pouvoir.

 

REFRAIN :

Ne la laisse pas tomber, elle est si fragile : ben oui, elle est fragile parce qu’elle n’a pas de mec pour la protéger, CQFD !

Etre une femme libérée tu sais c'est pas si facile : je confirme, c’est très mal vu dans notre société patriarcale hétéronormée d’être une femme libérée, c’est-à-dire de vivre comme un mec. Sans patriarcat, ce serait ultra easy, fingers in ze nose, on pourrait être nous-mêmes sans jamais être villipendées.

REFRAIN

Au fond de son lit un macho s'endort : oui, et alors ? C’est juste son plan Tinder du soir.

Qui ne l'aimera pas plus loin que l'aurore : elle s’en tape en même temps, c’était juste un plan cul pour du bon temps.

Mais elle s'en fout elle s'éclate quand même : au moins, elle est tombée sur un Monsieur qui sait se servir de ses doigts du coup, elle a de la chance parce qu'il n'y en a pas tant que ça.

Et lui ronronne des tonnes de "Je t'aime" : ben oui, c’est bien connu : les femmes, surtout les célibataires fragiles et désespérées ne peuvent pas s’empêcher de tomber amoureuses au premier regard et de faire de grandes déclarations à leurs amants.

 

REFRAIN

Sa première ride lui fait du souci : évidemment puisqu’elle lit Marie Claire, ses injonctions à la jeunesse, maigreur, mode etc. Et comme le cinéma ne montre que des hommes mûrs qui sortent et vivent avec des femmes de 20 ans de moins qu’eux, elle stresse. Surtout que la société dans laquelle elle vit lui apprend que si elle n’a pas de mec ni de gosse, elle sera hyper malheureuse et inspirera la pitié. Elle sera « une vieille fille sans enfant » bouh : looseuse !

Le reflet du miroir pèse sur sa vie : cf commentaire du dessus

Elle rentre son ventre à chaque fois qu'elle sort : alors ça, c’est peut-être parce qu’elle prend soin d’elle et qu’elle a la même prof de Pilates que moi, qui explique que c’est super bon de contracter les référentiels à chaque fois qu’on peut.

Même dans "Elle" ils disent qu'il faut faire un effort : ah, ben si c’est écrit dans Elle, alors elle va tout faire comme c’est écrit dans Elle, vu qu’elle est cruche et pas capable de savoir par elle-même ce qu’elle a envie de faire ou ce qui est bon pour elle.

REFRAIN

Elle fume beaucoup elle a des avis sur tout : et pourquoi pas ? Non, parce que les mecs aussi ils ont un avis sur tout (même sur les règles et les accouchements avec ou sans péridurale) mais personne ne leur en fait le reproche, au contraire.

Elle aime raconter qu'elle sait changer une roue : et elle a bien raison, ça peut servir à ses potes parce que plein de mecs ne savent pas faire.

Elle avoue son âge celui de ses enfants : WTF ? Pourquoi « avoue » ? On « avoue » quand on a commis un délit non ? Notre âge, on le dit, point barre.


Et goûte même un p'tit joint de temps en temps : bon, perso j’adhère pas à la weed mais je picole, chacune son kiff, je vois pas en quoi c’est exceptionnel ni en quoi ça fait de nous des femmes libérées. A moins que ce soit aussi un privilège de mâle. En fait, ça doit être ça : une femme, ça boit du jus de fruit (éventuellement, une petite coupette de kir royal de temps à autre comme dirait Florence Foresti), ça se défonce pas et surtout, ça ne se goinfre pas de rillettes et de maroilles bien fait.

 

REFRAIN

Paroliers : Christian Dingler / Joelle Kopf

 Voilà, et on arrive aux paroliers et on voit qu’une femme a contribué. Et on pleure.

 

Je pense vraiment que Cookie n’avait aucune intention de faire preuve de sexisme avec cette chanson, mais le résultat est juste affligeant. Surtout qu’elle a marqué toute une génération de gamines comme moi, qui auront finalement intégré cette idée pernicieuse qu’une femme libérée est : fragile, futile, vulnérable aux machos, obsédée par son image et le regard des autres, obsédée par la peur de vieillir sans un mec.

 Mais bon, niveau transformation de la femme en serpillère, à cette époque, la palme de diamant revient de loin à notre ami Jean Shultheis et ses Confidences pour confidences  (avec une mention spéciale pour le « Dites-vous que sans moi, vous n’êtes rien du tout »). Lui aussi dira que c'est "du second degré".

Alors pour nous consoler, nous, les descendantes de la Femme libérée de Cookie Dingler, je vous propose un Cookie Libéré, qui va vous permettre de vous faire beaucoup de bien, et fuck les calories, parce que nous, on ne lit ni Elle ni Marie Claire. On lit les articles de fond du Monde, Courrier International et les publications d’Amnesty International. Non mais.

Et puis c’est aussi un clin d’œil à ces pubs ultra sexistes des années 50, où la femme était toujours représentée soit comme une pin-up sur une plage soit comme une mère de famille en tablier, en train de sortir un truc du four en attendant gentiment le retour du mâle alpha.

pub 50s

Comme je suis très libérée aussi en cuisine, j’ai cassé les codes du cookie en ajoutant du thé matcha.

Thé

  Et comme ça ne me suffisait pas, j’ai ensuite re-pété les codes en mettant des pépites de chocolat noir (alors que normalement, le matcha se marie avec du chocolat blanc).

 

Ingrédients

  • 200 g de farine
  • 90 g de vergeoise blonde
  • 90 g de cassonade
  • 110 g de beurre demi-sel doux pommade
  • 1 œuf
  • 1/2 cuillère à café de bicarbonate de soude
  • 1/2 cuillère à café de levure chimique
  • 150 g de pépites de chocolat noir
  • 1 cuillère à soupe rase de thé matcha

 

Comme pour toutes les recettes de cookies, il est très important de bien utiliser de beurre MOU : il faut donc le sortir bien en avance.

Mélanger les sucres avec le beurre et le thé puis lorsque le mélange est onctueux, ajouter l’œuf et mélanger encore.

pâte en cours

Verser la farine,  la levure et le bicarbonate, mélanger brièvement, ajouter les pépites et finir de mélanger jusqu’à ce que la pâte soit bien amalgamée.

Former deux boudins et les rouler dans du film étirable et réfrigérer au moins deux heures (ou toute une nuit).

 

rouleau

Préchauffer le four à 200°C.

Couper les boudins en tronçons d’environ 5 mm d’épaisseur et les déposer sur deux plaques de cuisson recouvertes de papier sulfurisé.

Enfourner à 200°C pour 45 secondes, baisser la température à 150°C et laisser cuire 10 minutes.

Lorsque les cookies sortent du four, ils sont encore très mous, c’est normal, ils finiront de cuire à l’air libre. Il faut les laisser une dizaine de minutes sur la plaque, puis les déposer délicatement sur une grille et attendre qu’ils refroidissent si on a la patience (et pas de Gremlins affamés dans les pattes)

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Déguster en regardant Beignets de tomates vertes, une histoire de vraies femmes libérées ! (mon film cultissime).

fin post

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