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Vers le début des années 80. Une Renault 16 bleu ciel roule à travers la campagne française.

A son bord, une petite famille en balade le temps d’un week-end. A l’arrière, sur la banquette recouverte de housses en simili peau de mouton, une gamine le nez plongé dans un livre de la bibliothèque verte. Elle est tellement immergée dans son volume des Conquérants de l’impossible  qu’elle ne fait pas du tout attention au paysage. Elle attend surtout qu’on s’arrête pour pique-niquer, parce que les pique-niques, elle adore ça :

Papa va sortir le vieux plaid qui est dans le coffre, celui qui gratte et qui est réservé à cet effet, et on va aussi se laver les mains avec le vieux bout de savon des PPI (tout sec et fendu) qui est rangé dans un tupperware, dans une encoche du coffre, avec le jerrycan d’eau que papa a toujours dans la voiture quand on part en vadrouille.

Pour le repas, maman a prévu des tranches de rôti de porc, ou poulet rôti ou alors peut être des œufs durs à la croque au sel, des cornichons et des tomates. Avec son Opinel spécial pique-nique, Papa va couper le pain qu’on a acheté en partant et que maman aura déposé sur un beau torchon à carreaux, tout propre et bien repassé. Après, il y aura certainement du camembert. Et avec un peu de chance, on s’arrêtera dans un coin où il y a un petit ruisseau et on pourra aller patauger dedans.

D’un coup, Maman interrompt la lecture et les rêveries « Oh, regarde ! Il y a des vaches. Et regarde, il y a aussi des petits veaux qui tètent ! Mais regarde donc, au lieu d’avoir le nez plongé dans ton livre, tu auras bien le temps de le lire après ! »

La gamine lève brièvement le nez, jette un œil aux bovidés qui paissent tranquilou et replonge aussitôt dans les aventures de Serge, Xolotl et Thibaut. Elle marmonne un vague « Oui oui, il est mignon le ch’ti veau ».

Quelques décennies plus tard, la petite fille a bien vieilli grandi, elle roule toujours dans une voiture bleue mais cette fois ci, c’est souvent elle qui est au volant. Elle aime toujours les pique-niques et ses enfants aussi, et ils manifestent autant d’intérêt pour les bovidés croisés sur le bord de la route qu’elle au même âge « Gremlin ! Regarde ! des vaches ! Mais regaaaardeuuuh ! » « Oh mais c’est bon quoi ! J’ai déjà vu une vache maman ! Je suis pas un bébé ! »

Alors du coup, plutôt que d’essayer d’intéresser ses Gremlins aux petits veaux, elle leur sert dans l’assiette, en faisant honneur au passage à ses origines Chtis. Et puis surtout, ça lui permet d’utiliser ce reste de Triple du Ninkasi qui traine dans le frigo. Bon, au passage, elle risque un peu l’expropriation à cause de l’odeur, mais on est en hiver et tout le monde est malade, avec un peu de veine, les voisins auront le nez bouché.

 

Si on n’a pas de Triple du Ninkasi, on peut prendre une autre bière, mais on prend de la bonne bière tout de même. Pas de 1664 ni de 8.6…

 

Pour 4 personnes

  • 400 g de viande de veau pour blanquette
  • 30 cl de bière Triple (du Ninkasi par exemple)
  • 1 oignon
  • 3 cuillères à soupe de vergeoise (à défaut, du sucre brun)
  • 3 cuillères à soupe de crème épaisse
  • ¼ de maroilles
  • Poivre

 

Dans une cocotte en fonte, faire revenir l’oignon épluché et émincé dans un peu de beurre, jusqu’à ce qu’il soit fondant.

Parer la viande et la couper en morceaux de la taille d’une bouchée, puis mettre dans la cocotte avec les oignons, poivrer et faire dorer.

viande dorée

Ajouter la vergeoise, puis verser la bière.

bière

Faire cuire environ une heure jusqu’à ce que la viande soit fondante (selon la viande, ça peut prendre plus ou moins de temps).

Lorsque la viande est tendre, ajouter la crème et le maroilles coupé en tranches grossières, puis donner à nouveau de bons tours de moulin à poivre.

tranches maroilles

Personnellement, je gratte légèrement la croûte du maroilles, mais ce n’est pas obligatoire.

Couvrir et laisser fondre le maroilles, puis déguster bien chaud.

prêt

Pour faire vraiment Ch’ti, il faudrait servir avec des patates. Purée, vapeur, au four, voire des frites. Mais comme je ne suis Ch’ti qu’à un quart et qu’il était super tard, j’ai pris l’option feignasse et servi mon Ch’ti veau avec du couscous.

fin post

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