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Depuis que je suis toute petite, j'ai pris l'habitude de me réfugier dans le monde imaginaire des livres. J'ai toujours trouvé que plonger dans un univers fantastique était le meilleur moyen d'échapper à la morosité, tristesse, souffrance, médiocrité ambiantes.

J'ai grandi accompagnée d'Aria, Thorgal, du Scrameustache et bien d'autres (BD ou romans) et je continue de plonger dans un bouquin dès que j'en ai la possibilité.

Forcément, la dernière création de Cap Phi a été comme une sorte d'évidence. Dès que le l'ai vue, si belle sur son mur, avec son adorable petit dragon sur l'épaule, l'histoire de cette belle guerrière s'est comme imposée à moi.

Comme je ne cuisine presque pas en ce moment (non mais deux secondes, 35 degrés dans l'appart c'est juste pas envisageable d'allumer un four ou de faire chauffer une poêle), je partage avec vous l'histoire que j'ai imaginée en voyant ce superbe collage de Cap Phi. S'il lit ce post, j'espère qu'il ne m'en voudra pas de m'être appropriée sa créature et son histoire.

 

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Ce matin là, Antinéa se leva encore plus tôt que d’habitude.

La veille, elle avait pris sa décision : elle allait chasser un Crocotta et le ramener au clan. Si c’était le seul moyen de prouver qu’elle était la digne héritière de son père, et que c’était à elle que l’épingle de commandement revenait de droit, elle le ferait.

Depuis qu’elle était toute petite, son père l’avait traitée en héritière, puisqu’elle était son seul enfant. Les femmes et les hommes avaient toujours indifféremment pu prendre le commandement du clan, pourvu qu’ils soient capables de prouver qu’ils en étaient dignes. Depuis son plus jeune âge, son père l’avait entrainée et formée à diriger.

Malheureusement, Alino était décédé avant qu’elle n’atteigne son vingtième printemps, âge qu’il fallait absolument avoir pour prétendre diriger le clan après avoir passé une série d’épreuves. A sa mort, tous s’étaient déchirés pour savoir qui allait prendre le commandement. Chaque famille prétendait que son fils ou sa fille serait le successeur idéal d’Alinos.

Comme le voulait la tradition, le mage Thanos avait donc mis en place une série d’épreuves, réservées au plus de 20 ans, dont le vainqueur prendrait la tête du clan, l’épreuve ultime étant de ramener la tête d’un Crocotta. Cette épreuve étit toute nouvelle. Jusqu’à présent, personne n’avait jamais réussi à en approcher un, encore moins à en tuer.  Mais pourtant, Urkan avait réussi l’exploit.

De tous les jeunes du clan, c’était celui dont elle avait le plus redouté la victoire. Brute épaisse, il était doté d’une force herculéenne qui n’avait d’égale que sa bêtise.

Assoiffé de pouvoir, il avait rapidement mis en place toute une série de règles dans le clan, à commencer par la relégation des femmes au second plan.

Elle n’avaient plus le droit de chasser, de siéger au conseil ni de suivre les enseignements du mage et devaient exclusivement se cantonner aux tâches qu’il considérait comme étant leur lot, de fait : faire la cuisine pour les hommes, élever les enfants des hommes, obéir aux hommes. Bien entendu, les femmes du clan n’avaient pas accepté cette subite relégation aux tâches subalternes, mais il avait mis en place tout un système de châtiments cruels qui avaient malheureusement eu raison des plus rebelles.

Il ne s’était pas arrêté là. Il avait annexé la case du chef, chassant Antinéa, sa mère et son jeune frère et les avait bannis du village lorsqu’Antinéa avait essayé de résister.

Très vite, il avait mis en place une véritable dictature. Les chasseurs de la tribu devaient lui remettre leur butin, au lieu de le partager équitablement entre toutes les familles comme cela avait toujours été le cas auparavant. Il se réservait les plus belles pièces, accordait quelques beaux morceaux à  ses fidèles et laissait le reste de la tribu se partager les restes.

Il avait sélectionné quelques hommes forts et en avait fait sa garde rapprochée. Officiellement, il étaient chargés de protéger le clan. Dans les faits, ils terrorisaient la population et profitaient de leur pouvoir pour voler, spolier et abuser les plus faibles.

Le mage avait bien tenté d’intervenir, mais Urkan l’avait frappé violemment et lui avait interdit de sortir de sa cabane, qui était désormais en permanence surveillée par deux costauds à la mine patibulaire. 

Antinéa n’arrivait toujours pas à comprendre comment Urkan avait pu attraper un Crocotta. Certes, il était costaud, chasseur hors pair et excellent archer, mais personne n’avait jamais réussi à attraper ou tuer une de ces créatures. Non seulement, ils étaient extrêmement rapides et agiles, mais surtout, leur férocité n’avait d’égale que leur méfiance et leur intelligence.

Bien que de très petite taille, ils pouvaient facilement terrasser un homme en lui sautant à la gorge. Une fois que leurs puissantes mâchoires s’étaient refermées sur une proie, celle-ci était fichue. Le Crocotta enfonçait ses crocs acérés dans la gorge de sa victime en même temps qu’il lui envoyait une dose de venin anesthésiant avec l’extrémité pointue de sa queue. La victime ne pouvait plus bouger et se vidait de son sang en quelques minutes.

Antinéa savait que le mage avait donné cette épreuve dans le but unique de faire patienter le clan jusqu’à ce qu’elle ait atteint l’âge de succéder à son père (6 mois, il lui restait à peine 6 mois avant son vingtième anniversaire !). Il aurait lui-même joué en attendant le rôle de leader officiel, tout en laissant Antinéa agir dans l’ombre.

Mais voilà, de manière totalement inattendue, Urkan avait ramené le corps sans vie d’un Crocotta. L’animal était transpercé d’une des flèches d’Urkan, qui était lui-même griffé à plusieurs endroits. Antinéa aurait donné cher pour savoir comment il avait fait. Elle avait longuement réfléchi et en avait conclu qu’il avait dù se mettre en embuscade devant un nid. Là encore, elle se demandait comment il avait bien pu en trouver un.

Si seulement le mage n’était pas retenu prisonnier, il aurait pu l’aider en lui révélant tout ce qu’il savait sur ces animaux, mais Urkan avait formellement interdit à quiconque de s’approcher de sa case. Et Antinéa était de toute façon bannie du village.

Elle réfléchit et rassembla toutes les informations dont elle disposait sur les Crocottas.

Elle savait qu’ils se nourrissaient de petits mammifères, qu’ils ne buvaient pas beaucoup, et qu’ils vivaient dans les arbres. Certains qui en avaient aperçu disaient qu'ils étaient rouges, d'autres parlaient d'une couleur verte éclatante...

Pendant plusieurs semaines, elle sillonna la forêt sauvage près des nids et terriers de petits rongeurs, à le recherche de traces prouvant le passage de Crocottas.

Enfin, sa patience fut récompensée. A une journée de marche du village, elle découvrit des traces de Crocottas près d’un nid de souripins.

D’après le Mage, ces créatures n’existaient pas avant la grande explosion qui avait presque failli anéantir toute forme de vie. Il tenait cette information de son père, qui lui-même la tenait de son père, qui lui-même…. D’après lui, cette grande explosion remontait à une dizaine de générations au moins et les humains autrefois avaient eux-même déclenché le cataclysme qui avait anéanti leur civilisation. Antinéa se demandait comment cela pouvait être possible.

On racontait que le mage possédait une cache secrète dans la forêt, dans laquelle se trouvaient des images et des peintures de la vie d’avant. Antinéa pensait que ce n’était pas vrai, en revanche, elle le croyait quand il disait qu’autrefois, les souripins étaient deux animaux différents. Les souris, de minuscules rongeurs gris à la longue queue et aux petites oreilles, et les lapins, des rongeurs un peu plus gros, avec de longues oreilles et une petite queue en pompon. Elle avait du mal à les imaginer quand elle regardait un souripin. Les plus gros pouvaient atteindre son mollet, de couleur blanche ou grise avec deux dents de devant qui dépassaient de leur museau allongé. Leurs pattes avant préhensiles leur permettaient de tenir les petites baies dont ils étaient friands. Leur longue queue touffue et leurs grosses oreilles arrondies en faisaient des créatures adorables, mais leur manque de méfiance en faisait également des proies faciles, pour les humains comme pour les autres prédateurs.

Elle choisit un endroit où elle pouvait voir la sortie du terrier des souripins, puis elle se confectionna un abri qu’elle aménagea le plus confortablement possible. Elle fit des stocks de nourriture, puis se plaça en embuscade, ne se levant que pour satisfaire des besoins naturels ou pour aller cueillir des baies lorsqu’elle n’avait plus rien à manger. Elle dormait le moins possible et guettait frénétiquement l’apparition d’un Crocotta. Son arc était en permanence à côté d’elle et ses flèches bien acérées à portée de main dans son carquois.

Au bout de trois jours, elle dut se rendre à l’évidence : les Crocottas étaient malins. Ils avaient dû la repérer et ne sortaient que lorsqu’elle dormait ou s’absentait. A plusieurs reprises, elle avait remarqué des traces fraiches, mais sans jamais avoir aperçu leurs auteurs. Comme elle en avait assez de manger des baies, elle décida de s’octroyer un bon repas. Elle partit en direction de la rivière, armée de son javelot. A cet endroit, ça grouillait de silumons.

En un temps record, elle réussit à en attraper trois, de belle taille.

Elle fit un feu et en mit un à cuire sur une pierre chaude puis elle dépeça les autres et les mit à fumer afin de pouvoir faire des réserves.

Elle s’éloigna pour cueillir des baies et ramasser des racines comestibles.

A son retour, une mauvaise surprise l’attendait. Le poisson qu’elle avait mis à fumer au dessus de la flamme avait disparu de la pique et celui qu’elle avait mis à cuire sur la pierre chaude gisait à côté du feu, dans la terre. Immangeable.

Elle sentit ses cheveux se dresser sur sa tête et pensa immédiatement à Urkan. Si jamais il avait entendu parler de son projet, il avait peut être lancé des guerriers à sa poursuite. Elle réfléchit et décida que cette explication n’était pas très plausible. Ils l’auraient attaquée depuis longtemps. Elle réfléchit à quel type de bête sauvage pourrait bien en vouloir à ses silumons, mais elle ne voyait pas.

Elle retourna pêcher et recommença l’opération, en prenant bien soin de ne pas s’éloigner cette fois.

Lorsqu’elle eut fini de manger et de sécher ses filets de poisson, elle rassembla ses affaires et retourna en direction de son campement. Elle était sur le point de l’atteindre lorsqu’un bruit étrange dans un buisson attira son attention. Elle s’arrêta net et prêta l’oreille. Ce bruit ne ressemblait à rien de ce qu’elle connaissait. C’était une sorte de feulement plaintif, qui n’avait rien à voir avec les couinements des souripins. A pas feutrés, elle s’approcha du buisson et souleva doucement les feuilles.

Elle sursauta et son coeur fit un bond. Elle lâcha les feuilles et recula vivement d’un pas, main sur son javelot. Elle se maudit de ne pas avoir pris son arc et croisa les doigts pour que son javelot soit assez solide. Campée fermement sur ses jambes, les mains cramponnées au javelot, elle attendait, le cœur battant la chamade.

Lorsqu’elle ne vient rien bondir hors du buisson, elle s’approcha à nouveau doucement et avec précaution, souleva les feuilles. La créature était toujours là, la dévisageant de ses grands yeux qui semblaient apeurés.

C’était la première fois qu’elle voyait un Crocotta d’aussi près et pendant plus d’un quart de seconde. En réalité, c’était la troisième fois qu’elle en voyait un. La première fois, c’était avec son père et le mage, elle devait avoir une dizaine d’années. Ils étaient partis en forêt pour ramasser des herbes médicinales et un souripin avait déboulé devant leurs pieds, coursé par un Crocotta. Cela n’avait duré que quelques secondes, mais elle s’en souvenait comme si c’était arrivé hier. La seconde fois, c’était celui qu’Urkan avait ramené. Il était mort, transpercé d’une flèche. Elle aurait voulu l’observer de plus près mais Urkan s’y était opposé. Il l’avait rapidement dépecé et portait son crâne en collier autour du cou.

Le Crocotta était allongé sur un flanc et haletait tout en gémissant. Intriguée, Antinéa s’approcha encore un peu et remarqua le dessous de ses pattes. La chair était à vif, les bords des plaies noircis. Elle s’accroupit auprès de l’étrange créature rouge.

« Alors ça, c’est incroyable ! Tu t’es brûlé les pattes sur la pierre chaude en voulant voler mon poisson ? »

Elle se redressa et attrapa son javelot. Elle leva le bras, regarda le Crocotta, soupira et jeta le javelot au sol. Non seulement, elle trouvait indigne d’abattre une créature blessée mais en plus, il semblait complètement terrorisé.

Avec précaution, elle approcha la main vers une patte. Le feulement se fit plus fort.

Doucement, elle se mit à parler au Crocotta.

« Ecoute…. J’ai avec moi au campement un onguent qui fait des miracles sur les brûlures. Il faut que tu me laisses te soigner OK ? »

Le Crocotta la regardait, sans réaction.

« Je vais te soulever, et t’amener avec moi ».

Comme s’il avait compris ce qu’elle lui disait, il cligna des yeux. Antinéa attrapa délicatement la petite créature, qui ne réagit pas.

Elle le transporta jusqu’à son campement et l’installa sur le lit de feuilles qu’elle s’était confectionné. Délicatement, elle appliqua son onguent sur les pâtes meurtries et les enveloppa dans des feuilles de banacotier.

Ensuite, elle prit une lanière de silumon fumé et la tendit au Crocotta. Il l’engloutit prestement et la regarda de ses grands yeux en se léchant les babines. Elle lui en donna une autre, puis une troisième et une quatrième. Enfin repus, le Crocotta se roula en boule et s’endormit presque instantanément.

Antinéa resta un long moment à regarder la créature, perplexe. Elle avait du mal à croire qu’il s’agissait d’une bête féroce assoiffée de sang, mais elle ne pouvait tout de même s’empêcher d’être méfiante et elle ne voulait pas s’endormir de peur qu’il ne l’attaque dans son sommeil.

Malgré ses bonnes résolutions, elle finit par sombrer dans un profond sommeil.

Elle fut réveillée au petit matin par le chant des oiseaux. Elle s’était endormie sur le côté et le Crocotta s’était lové tout contre elle. Elle s’assit en prenant soin de ne pas trop le déranger, mais il se réveilla malgré tout. Il leva la tête et bailla, découvrant ses deux étranges larges crocs de devant.

« Je vais regarder tes pattes d’accord ? »

La bestiole se laissa faire et Antinéa fut surprise de constater que les brûlures avaient déjà disparu. Une nouvelle couche de peau s’était formée dans la nuit.

« Allez, tu peux partir, tu es libre. Je trouverai autre chose pour récupérer l’épingle de commandement qui me revient ne t’en fais pas. »

Elle se leva, rassembla ses affaires et se mit en route.

Vif comme l’éclair, le crocotta bondit sur son épaule et se mit à pousser des petits cris stridents. Avec une patte avant, il lui tirait l’oreille en montrant la direction opposée avec l’autre patte.

Intriguée, elle décida de le suivre. Elle le déposa par terre.

« Allez, vas-y, je te suis. Qu’est-ce que tu veux me montrer ? »

Elle marcha presque toute la matinée derrière l’étonnante créature. Ils se dirigeaient vers le centre de la grande forêt, là où se trouvaient les ruines de l’ancienne civilisation.

Le Crocotta s’approcha d’un pan de mur effondré que la végétation avait recouvert. Il montra à Antinéa un tas de feuilles mortes.

Elle le souleva et aperçut des ossements, clairement ceux d’un Crocotta.

« C’était ton copain ? »

Mais le Crocotta lui montrait quelque chose, au milieu du petit squelette.

Antinéa se pencha et aperçut ce qu’il vouait lui montrer. Une petite bille à moitié cassée. Elle la saisit délicatement et l’enveloppa dans une feuille, puis la rangea soigneusement dans sa besace.

« C’est une des billes de poison que ma tribu utilise contre les gros prédateurs. Le mage est le seul à les distribuer, et il ne les donne que lorsque les équipes de chasseurs partent en hiver et risquent de tomber sur les loupours… Comment elle a pu arriver ici ? »

Le Crocotta s’assit en face d’elle, fit mine de manger, puis de se tordre de douleur et de tomber par terre, raide.

« Mais dis donc, t’es super intelligent toi ! Pas étonnant que tu arrives toujours à nous échapper. Mais comment ton pote a-t-il pu manger une de nos billets empoisonnées ? C’est impossible. Montre-moi où il l’a trouvée. »

Sans hésiter, le Crocotta désigna la besace d’Antinéa.

« Dans mon sac ? Mais c’est impossible ! »

Le Crocotta sauta sur le sac et essaya de l’ouvrir. Antinéa déposa le sac par terre et l’ouvrit. Le Crocotta attrapa le paquet de lamelles de poisson séché qui restait et en prit une. Puis il se remit en route. Il s’arrêta au creux d’un arbre dont les racines sortaient du sol. Il roula le poisson séché en boule et le déposa au creux des racines.

« Il y avait des boules de nourriture, c’est ça ? »

Le Crocotta hocha la tête.

« Et ton copain en a mangé et il est mort ? »

En regardant bien entre les feuilles mortes et les racines, elle trouva deux autres boules de poison, l’une intacte et l’autre brisée. Elle ramassa les deux, les enveloppa soigneusement et les déposa dans son sac. Juste à côté, elle trouva la preuve qui lui manquait. Un pendentif en forme de lune, avec le nom d’Urkan. Chaque enfant du clan en recevait un à sa naissance, avec son nom gravé. Elle le ramassa également.

« Bon, grâce à toi, je peux prouver que ce gros lourdaud abruti n’est pas le vaillant et courageux chasseur qu’il prétend être. Il ne me reste plus qu’à convaincre le reste du clan et espérer que ça suffira à le renverser. Au revoir, petit Crocotta, et fais attention au feu la prochaine fois ».

Elle se retourna et partit en direction de la clairière dans laquelle elle avait construit sa cabane avec sa mère et son frère. Elle était à plus d’une journée de marche.

Elle n’avait fait que quelques mètres lorsqu’elle entendit un bruit dans les buissons derrière elle. Elle s’arrêta et se retourna doucement.

Le Crocotta l’avait suivie. Il profita de son arrêt pour sauter sur son épaule.

Elle l’attrapa et le reposa par terre.

« Je vais rentrer chez moi. Toi, tu restes ici. Au revoir. »

Elle tourna les talons et repartit d’un pas plus vif.

Le Crocotta la suivit et sans qu’elle ait besoin de s’arrêter, il sauta sur son épaule.

Antinéa s’arrêta à nouveau et le remit à terre.

« Tu veux rester avec moi ? »

Le Crocotta s’approcha d’elle et se frotta contre ses jambes en la regardant.

« Bon, d’accord, mais il va falloir te trouver un nom…. Que dirais tu de Fafnir ? Le mage dit que dans les légendes de l’ancien monde, avant le cataclysme, il y avait un dragon qui s’appelait Fafnir. Est-ce que ça te plait ? »

Le Crocotta se frotta à nouveau contre ses jambes et alla se percher sur son épaule.

Antinéa passa plusieurs jours dans sa cabane à réfléchir, mais elle ne trouvait pas de plan infaillible pour renverser Urkan. Elle décida finalement d’y aller au culot.

Elle choisit un jour de chasse, pour s’assurer qu’il y ait le moins possible de guerriers au village.

Urkan avait fait construire une immense palissade autour du village. Il prétendait que c’était pour protéger les habitants, mais en réalité, c’était surtout pour mieux contrôler leurs faits et gestes.

Il allait falloir neutraliser les gardes le plus rapidement et le plus discrètement possible.

Avec soin, elle choisit ses fléchettes paralysantes. Elles lui donneraient le temps de rentrer dans l’enceinte du village et de rameuter les gens avant que les gardes ne se réveillent. Elle allait devoir être très rapide pour les envoyer.

Elle prit sa sarbacane, visa et souffla. Le premier garde s’effondra. Le second eut à peine le temps de comprendre que son camarade venait de tomber qu’il s’effondrait à son tour lourdement sur le sol.

Antinéa sortit de sa cachette, Fafnir perché sur son épaule et pénétra rapidement dans le village. Elle se dirigea vers la place, et monta sur l’estrade qu’Urkan utilisait pour s’adresser au clan. Les quelques personnes qu’elle croisa s’écartèrent prestement après avoir aperçu Fafnir juché sur son épaule.

« Urkan, montre-toi, gros lâche ! Tu as peur de moi ? Ou alors de mon Crocotta ? Tu en as pourtant courageusement abattu un déjà ! Sors de ton trou ! »

Au bout de quelques minutes, elle le vit arriver, probablement averti par ses cris ou alors par un des passants qu’elle avait croisés. Il se déplaçait désormais sur une sorte de palanquin, porté par 4 guerriers.

Il était flanqué de pas moins de 10 gardes, armés jusqu’aux dents. Cependant, tous eurent un mouvement de recul en apercevant Fafnir, et Urkan pâlit perceptiblement en découvrant la petite créature, qui s’était mise à grogner et montrer les dents dès qu’il était arrivé.

Le reste du clan arrivait petit à petit et elle voyait nettement la peur sur leurs visages. Non pas quand ils la regardaient, elle, mais lorsqu’ils jetaient des regards inquiets et furtifs vers le palanquin.

« Alors Urkan, le grand chasseur de Crocotta, qu’attends tu pour descendre de ton trône ? »

Elle se tourna vers les gens du village et d’adressa à eux.

« Il vous a trompés ! Il n’a jamais chassé de Crocotta au péril de sa vie, comme il vous l’a raconté. Il en a empoisonné un, tout simplement. Regardez. »

Elle exhiba les boules de poison ainsi que le pendentif.

« Je les ai trouvés près d’un squelette de Crocotta. Il a dû mettre plus de temps que l’autre à mourir et Urkan l’aura laissé sur place. Je pense même qu’il s’agissait des parents de Fafnir. Urkan vous maintient dans la terreur depuis de nombreux mois mais il n’est qu’un lâche. »

Urkan n’était pas même pas descendu du palanquin. Il fit un geste en sa direction et s’adressa aux gardes.

« Emparez-vous d’elle ! »

Mais les hommes étaient pétrifiés. Ils fixaient Fafnir et n’osaient pas avancer.

Urkan finit par sortir. Il avait une longue machette à la main. Antinéa savait qu’elle ne ferait pas le poids s’il l’attaquait, mais elle comptait sur son agilité pour lui échapper.

Elle l’apostropha :

« Tu n’es qu’un lâche et un usurpateur ! Tu t’es emparé de l’aiguille de pouvoir alors que tu as triché. Tu as empoisonné un Crocotta et tu as prétendu que tu l’avais tué d’une flèche. Tu n’es pas digne de diriger le clan. C’est à moi qui revient cette aiguille ! Je suis allée chasser un Crocotta et j’ai fait mieux : j’en ai ramené un, après l’avoir apprivoisé ! » 

Antinéa avança mais Urkan fut plus rapide. En poussant un hurlement, il se précipita sur elle, machette levée.

Tout alla très vite. Fafnir, babines retroussées, sauta à la gorge de l’agresseur en grognant. Tout le monde recula avec effroi.

Urkan tomba à la renverse, Fafnir toujours accroché à son cou. Il regarda Antinéa en grognant, sans lâcher sa prise. Elle savait qu’un simple coup de mâchoire pouvait sectionner l’artère et signer l’arrêt de mort de son rival.

« Noon, au secours, dis-lui de me lâcher ! »

« Qu’attends tu pour te défendre ? Toi, le vaillant chasseur qui a terrassé un féroce Crocotta, tu n’es pas capable de te débarrasser de celui-ci ? Il est pourtant tout petit ! C’est l’occasion rêvée de montrer à tous ta puissance et ta force non ? »

Fafnir resserra légèrement la pression de sa mâchoire.

Urkan fondit en larmes.

« Dis-lui de me lâcher. Je n’ai jamais chassé de Crocotta, j’ai juste mis des boulettes de poisson empoisonnées. Il y avait trois Crocottas, le premier a mangé les boulettes et est mort presque sur le coup. Je lui ai tiré une flèche dessus et je l’ai ramené. Le second en avait juste mangé une bouchée alors il était affaibli, c’est pour ça qu’il ne m’a pas attaqué. Il a dû mourir plus tard. Le troisième était tout petit, il n’y a pas touché.»

"Tu peux le lâcher Fafnir, viens. Il ne vaut pas la peine que tu le tues"

Le Crocotta lâcha sa proie comme à regret et revint se percher sur l’épaule d’Antinéa. Elle s’approcha d’Urkan et d’un coup sec, arracha l’épingle de commandement qui ornait son nez comme le voulait la tradition du clan.

Elle l’essuya sur sa tunique et sans trembler, la planta dans le sien.

Elle se tourna vers le reste de la tribu.

« Urkan va reprendre sa place parmi nous, comme simple chasseur. J’ordonne bien entendu qu’on libère le mage et surtout, que toutes les femmes reprennent toutes les positions qu’elles ont toujours occupées jusqu’à l’arrivée de cet usurpateur. A partir de maintenant, il ne sera plus question de faibles, de forts, de femmes, d'hommes. On avance tous ensemble. ».

Elle se dirigea vers son ancienne case.

« Tu vas voir Fafnir, tu vas te plaire ici. On chasse toutes les semaines, et on mange plein de poisson fumé…

 

 

 

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