20170428_071406

Ce gribouilleur anonyme m'inspire décidément....

J'ai imaginé plein de choses devant cette création, et il fallait que je les partage...

 

La journée avait été très longue et il avait accumulé les ennuis, comme souvent depuis quelques mois.

Il avait passé une nuit terrible, réveillé à plusieurs reprises par les hurlements déchirants dont il ne parvenait pas à comprendre l’origine. Il ne savait pas quoi faire pour qu'ils cessent et il se sentait par moments complètement impuissant. Chaque fois, lorsque les cris s’étaient enfin tus, il mettait un temps fou à se rendormir, pour se réveiller à nouveau en sursaut dès que retentissaient dans la nuit les sons glaçants.

Après une nuit presque blanche, il avait dû faire face à une avalanche de dysfonctionnements particulièrement stressants. Des vomissements répétés l’avaient obligé à se changer plusieurs fois et il était parti de chez lui avec une bonne demi-heure de retard. 

En courant pour aller attraper son métro, il n’avait pas vu une plaque de métal humide et il s’était étalé de tout son long sur le trottoir, provoquant le fou rire d’une brochette d’adolescentes peinturlurées qui passaient à ce moment-là. Le genou en feu et l’orgueil en berne, il avait été contraint de remonter chez lui se changer car il avait une présentation importante à faire et il ne pouvait pas se permettre d’y aller avec un pantalon sale.

Après une courte hésitation, il avait décidé de finalement prendre sa voiture, mais il s’était retrouvé coincé dans les interminables bouchons.

Il était arrivé tellement en retard qu’il avait à peine eu le temps de passer à son bureau allumer son ordinateur avant de renontrer ses clients. Son assistante, toujours aussi désagréable, n’avait pas manqué de lui faire remarquer sur un ton acerbe qu’il était en retard et que le client en question était arrivé avec un quart d’heure d’avance. Lui.

«Gnagnagna… » pensa-t-il. Elle n’avait pas digéré qu’il soit promu chef du service et le lui faisait bien ressentir…

Aussi, quelle idée il avait eue de l’inviter à boire un verre un soir lorsqu'elle avait été recrutée dans l’entreprise. Elle lui avait plu, il l’avait séduite, et jetée comme une bouse trois semaines plus tard, comme il le faisait souvent à l’époque. Depuis, elle ne lui adressait presque plus la parole. Il se demandait toujours comment on pouvait encore en vouloir à ce point à quelqu’un presque 10 ans après. A croire qu’elle n’avait jamais fait d’erreur de jeunesse.

Il soupira et regretta de ne pas avoir le temps de prendre un café, puis il alla faire sa présentation. Le client, réputé pour être dur en affaires, ne lui fit pas de cadeau, et sa nuit presque blanche n’aidait pas. Il allait vraiment falloir qu’il trouve une solution pour faire cesser les cris, mais il ne voyait pas comment.

Après une matinée de dure négociation, son contrat en poche, il dût encore endurer une réunion interminable avec le service financier, puis les jérémiades du responsable Ressources Humaines qui passait sa vie à se plaindre de tout et de n’importe quoi. Des jeunes employés qui étaient tous selon lui des petits trous du cul branleurs, des anciens qui étaient tous des vieux cons, de la clim qui était trop froide en été et trop chaude en hiver, du café dégueu de la machine (quoi que sur ce coup-là, il n’avait pas tort), de son assistante qui partait toujours à 17h pile sous le prétexte qu’elle avait ses gosses à récupérer, du matériel informatique qui n’était jamais assez performant…

Il lui avait fallu une demi-heure pour s’en débarrasser, sauvé par son assistante, toujours aussi souriante, qui était venue lui rappeler qu’il avait tout un parapheur à signer avant de partir.

 

Quand il arriva sur le parking et vit la roue à plat, il éclata d’un rire nerveux.

La cerise sur le gâteau, le pompon, la goutte d’eau qui fait déborder le vase. La loi de Murphy et sa corollaire, la loi de l’emmerdement maximum…

La fatigue aidant, il mit plus de 10 minutes à se calmer, puis plus d’une demi-heure à changer la roue car les vis étaient trop serrées. Comble de la honte, il dut demander au jeune stagiaire qui sortait à ce moment-là de l’aider. Le gamin, sourire insolent au coin des lèvres, muscles saillants du type qui passe tout son temps libre à soulever de la fonte, donna un petit tour de clé sans même forcer et hop ! la roue était libre.

Il le remercia en marmonnant et se hâta de finir.

Il s’installa au volant et mit son CD favori de Stupeflip dans le lecteur. Après une journée pareille, rien de tel qu’un peu de bonne musique. Au bout de deux minutes, la chanson se mit à sauter. Il zappa sur la seconde, puis la troisième, puis soupira et sortit le CD. Trop écouté, trop abimé. Il se mit alors à zapper, sans rien trouver d’agréable. Après être tombé successivement, entre les pubs, sur du Christophe Maé, du Céline Dion, du Booba et du Kaaris, il finit par s’avouer vaincu et préféra éteindre.

A 150 mères de chez lui, il fut coincé derrière un camion de déménagement qui mit plus de 20 minutes à décharger sa cargaison. Arrivé à ce stade, il en était à se demander ce qui allait bien lui tomber dessus. Lorsqu’enfin le camion démarra, il embraya en soupirant et se mit en quête d’une place pour se garer. Comme chaque soir, il mit plus d’une demi-heure à trouver, à plus de 10 minutes à pied de chez lui.

 

Lorsqu’il mit enfin la clef dans la serrure de sa porte, épuisé, il était plus de 19h30.

Il pénétra dans l’appartement, déposa sa sacoche avec son ordinateur et entra dans la pièce principale.

Il ne vit pas le flash de couleur verte qui déboulait du couloir et tituba sous le choc.

« Papa !!!!! »

Il se pencha et souleva sa fille de 4 ans. Celle-ci se blottit dans ses bras et se serra contre lui.

« Alors mon petit koala, tu as passé une bonne journée ? Tu n'as pas revomi ? »

La gamine s’écarta pour le regarder avec intensité.

« Non, j'ai pas été remalade… mais tu sais papa, moi je suis contente maintenant que tu es rentré ». Elle le gratifia de son plus beau sourire et plongea à nouveau son regard dans le sien.

« Tu sais papa, tu m’as manqué aujourd’hui.»

D’un coup, toute la fatigue de la journée s’évapora. Il sentit son cœur fondre et les commissures de ses lèvres esquisser l’ébauche d’un sourire. Il embrassa sa fille et la porta jusqu’à sa chambre.

Il la borda puis s’assit au bord. Après lui avoir fait un gros câlin, il lui donna son doudou et alluma la veilleuse.

Juste au moment où il allait quitter la pièce, une petite voix s’éleva du lit.

« Dis papa, si je fais un cauchemar et que je crie, tu viendras me voir, hein ? »

Il ferma la porte après l’avoir rassurée. Incroyablement, toute la tension de la journée avait disparu dès que les 15 kilos d’amour de la petite s’étaient jetés dans ses bras. D’un coup, il se sentait immensément heureux. Les terreurs nocturnes, l’irritabilité de sa secrétaire, les jérémiades du DRH, les bouchons, la fatigue…. Tout cela lui paraissait loin et surtout anecdotique. Il repensa au regard sérieux de sa fille, à son sourire et eût l’impression que son cœur allait exploser de joie.

Il alla vers la baby sitter et lui demanda si elle acceptait de rester encore une petite demi-heure, il avait une course à faire.

Il ouvrit le tiroir de son bureau et prit ses craies, sortit et se dirigea vers son mur préféré.

Ce soir, il était heureux, et il voulait le faire savoir…