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Je suis lyonnaise, mais pas de souche, c’est peut-être ce qui explique que j’ai du mal avec certains abats, alors que tout bon lyonnais qui se respecte ne jure que par les abats de toutes sortes. Moi, il y a un certain nombre d’abats pour lesquels je vendrais volontiers mon droit d’ainesse (si j’en avais un) : les ris de veau, l’andouillette, le tablier de sapeur à la lyonnaise, les tripes à la florentine et la langue de bœuf.

La toute première fois que j’en ai goûté, je devais avoir 8 ans, mon père en avait cuisiné. Ma mère, qui n’aime pas trop ça (mais en mange tout de même) avait prévu un plan B au cas où je n’aimerais pas non plus. Je me souviens d’avoir vaguement trouvé ça un peu dégueu et cracra à l’époque de bouffer de la langue, surtout que je n’avais pas perdu une miette de la préparation de la bestiole, et il faut reconnaitre que c’est pas franchement ce qu’il y a de plus glamour, une langue de bœuf en train de cuire….

Mais, poussée par une sorte de fascination morbide comme les enfants en sont capables, j’avais assisté à toute la préparation, et au moment de goûter, je n’avais pas eu trop d’appréhension. Il avait fait une sauce aux cornichons et avait servi la langue froide.

Je me souviens d’avoir mis un morceau dans la bouche, un peu méfiante, prête à ressentir la même chose que lorsque je dois avaler du foie de veau ou des rognons (qui, eux, font partie de la liste « yapamoyen ») et d’avoir eu une sorte de révélation. C’était bon, moelleux, doux et en même temps avec du goût, ça collait parfaitement avec la sauce un peu relevée.

Malheureusement, ce plat est victime du délit de sale gueule. Je connais plein de personnes qui refusent d’en manger juste parce que c’est de la langue (alors qu’ils mangent des tripes ou des rognons qui, si on y réfléchit deux secondes, ont des fonctions nettement plus cdégueu), ou parce que l’allure les dégoûte. L’Homme en fait partie, à mon grand désespoir.

Du coup, il y a quelques années, je m’étais jurée d’arriver à lui en faire manger à l’insu de son plein gré.

J’avais donc préparé ma langue de boeuf au court bouillon, puis je l’avais soigneusement épluchée, en enlevant même la seconde peau pour qu’on ne puisse plus du tout voir les petites papilles. Je l’avais ensuite découpée en petits dés et mise à cuire dans une sauce à la tomate, aux olives et aux champignons. Je m’étais collé un boulot de malade, des heures de préparation…. Mais ça en valait la peine.

Il avait fini son assiette, s’était resservi et là, je lui avais dit qu’il venait de s’enfiler deux fois de la langue de bœuf.

Pas rancunier, il m’avait dit que je pouvais en refaire, à condition qu’il ne puisse pas savoir ce qu’il mangeait.

 

Il y a quelques semaines, à Monoprix, ils vendaient en promo des demi-langues de bœuf. J’en avais acheté une et je l’avais congelée, en prévision du froid qui allait arriver.

Comme l’automne semble bien destiné à s’installer, j’ai décidé en début de semaine de la cuisiner selon la recette de Piment Oiseau  que j’avais repérée depuis un bon moment déjà.

Comme la fois précédente, j’ai découpé la langue en petits morceaux mais cette fois ci, je n’ai même pas précisé qu’on mangeait de la langue. Ce qu’il y a de bien avec l’Homme, c’est qu’il me fait généralement confiance avec ce qu’il a dans l’assiette et souvent, il ne demande même pas ce qu’il est en train de manger.

Il a décrété que c’était très bon, sans que je ne demande quoi que ce soit, donc une fois de plus, merci Piment Oiseau.

Je n’ai que très peu modifié la recette, j’ai juste adapté les quantités et zappé le bouillon de légumes pour la cuisson car pas les ingrédients sous la main.

Pour deux personnes

  • 1/2 langue de boeuf
  • 4 à 5 càs de sucre
  • 1 morceau de gingembre d’environ 6 cm de long, pelé et râpé
  • 4 càs de nuoc-mam
  • 4 càs de sauce soja
  • 1 gros oignon
  • 2 gousses d’ail
  • poivre
  • 1 pincée de muscade
  • un peu d’huile

 

Mettre la langue dans une grande marmite, la recouvrir d’eau froide, ajouter une petite cuillère à café de gros sel et porter à ébullition.

langue marmite

Laisser cuire à gros bouillons pendant une bonne heure. La langue doit être moelleuse quand on plante une lame de couteau dedans.

Laisser refroidir dans le liquide et lorsqu’elle est tiède, la sortir et l’éplucher. Il faut impérativement le faire quand elle est tiède, si on la laisse refroidir complètement, la peau s’accroche comme un dictateur africain à son trône et c’est mission impossible.

Ensuite, découper la langue en morceaux de la taille d’une bouchée et laisser de côté.

Eplucher et émincer l’oignon et le faire revenir dans une cuillère à soupe d’huile neutre jusqu’à ce qu’il soit fondant.

Ajouter le gingembre râpé et l’ail, mélanger et laisser cuire quelques minutes, puis ajouter le sucre pour faire caraméliser.

Verser ensuite le nuoc-mam et la sauce soja, mélanger, puis ajouter la viande. Mélanger, verser environ 10 cl d’eau, couvrir et laisser cuire une trentaine de minutes.

 

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Comme j’ai un stock de Fjords à écouler (moi et ma manie de ne pas vérifier les dates quand j’achète 16 pots de yaourts en promo pile poil la semaine où les Gremlins ne sont pas à la maison…), j’ai ajouté une touche personnelle avec une petite sauce fraicheur pour casser le côté sucré (j’ai utilisé de la sauce soja sucrée donc c’était très sucré). J’ai battu un Fjord avec deux cuillères à soupe de coriandre surgelée et une cuillère à café de menthe, ça fonctionnait pas mal.

fin post

Servir avec un riz basmati et la sauce dessus si on a choisi d’en faire.

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